Le trading algorithmique et le droit : qui est responsable en cas de pertes ?


Le développement fulgurant du trading algorithmique bouleverse les marchés financiers, introduisant une vitesse et une complexité jamais vues auparavant. Désormais, ce ne sont plus uniquement les décisions humaines qui dictent les ordres d’achat ou de vente, mais des algorithmes capables de traiter d’immenses volumes de données en une fraction de seconde. Cette automatisation soulève des questions juridiques fondamentales, notamment celle de la responsabilité en cas de pertes.

Qu’est-ce que le trading algorithmique ?

Le trading algorithmique (ou algo-trading) consiste à confier à un programme informatique la mission de passer des ordres de bourse de manière autonome, selon des règles prédéfinies. Ces algorithmes peuvent être conçus pour tirer parti d’opportunités d’arbitrage, réagir à des signaux techniques, ou encore suivre des tendances de marché.

Cette pratique est utilisée aussi bien par les institutions financières que par certains traders particuliers disposant de compétences en programmation. Si elle offre des avantages en termes de rapidité et d’objectivité, elle introduit aussi des risques accrus de dysfonctionnement ou de décisions non prévues.


La problématique juridique : une responsabilité difficile à trancher.

Lorsqu’un algorithme cause des pertes financières importantes, qui doit en répondre ? La réponse dépend de plusieurs facteurs : le concepteur de l’algorithme, l’utilisateur final, ou éventuellement un tiers (éditeur de logiciel, plateforme d’exécution, etc.).

1. Responsabilité du trader (utilisateur final).

En droit français, le trader – qu’il soit particulier ou professionnel – est en principe responsable des outils qu’il utilise. Si ce dernier lance un algorithme de sa propre initiative, il reste pleinement responsable des conséquences de son usage, sauf preuve d’un vice caché dans le logiciel.

Exemple : un trader particulier conçoit un algorithme qui exécute mal une stratégie, engendrant des pertes : il en est juridiquement responsable, même si l’erreur vient d’une mauvaise modélisation.

2. Responsabilité du développeur ou de l’éditeur de logiciel.

Si le trader utilise un algorithme conçu par un tiers (société de logiciels, fintech, développeur freelance), la responsabilité peut être partagée ou transférée partiellement. Toutefois, pour que l’éditeur soit tenu responsable, il faut prouver une faute dans la conception du programme, ce qui est difficile à démontrer sans expertise technique poussée.

La question est encore plus complexe lorsque les algorithmes utilisent de l’intelligence artificielle adaptative, qui modifie son comportement au fil du temps. Ici, la frontière entre la faute humaine et le comportement « autonome » devient floue.

3. Responsabilité contractuelle et clauses de non-garantie.

De nombreux contrats de logiciels ou de plateformes de trading incluent des clauses de non-responsabilité en cas de pertes liées à l’utilisation d’un algorithme. Ces clauses peuvent être opposables au trader, sauf si elles sont jugées abusives, notamment pour un utilisateur consommateur.


Vers une nécessaire évolution du droit :

Le droit peine aujourd’hui à s’adapter à la réalité technologique du trading algorithmique. À ce jour, il n’existe aucun statut juridique spécifique pour les algorithmes de trading en tant que tels. Pourtant, leur usage massif, notamment dans le high-frequency trading, justifie une réflexion sur la régulation et les responsabilités associées.

Certaines propositions ont été avancées :

  • Créer une personnalité juridique pour les systèmes autonomes, à l’instar des véhicules autonomes.
  • Imposer des normes techniques obligatoires pour les algorithmes utilisés sur les marchés financiers.
  • Exiger une assurance responsabilité spécifique pour les utilisateurs d’algorithmes de trading.

Conclusion

Le trading algorithmique redistribue les cartes de la responsabilité en cas de pertes. Si l’utilisateur final est aujourd’hui considéré comme le principal responsable, la complexité croissante des algorithmes pourrait amener les juridictions à repenser cette approche. Le droit devra nécessairement évoluer pour encadrer plus finement ces nouvelles pratiques financières, afin d’assurer à la fois sécurité juridique et protection des investisseurs.

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